Colloque « La parité et la diversité dans l’entreprise : une égalité (encore) sous condition »

Colloque du 12 octobre des Marianne de la diversité à l’Assemblée nationale : la parité et la diversité dans l’entreprise,  une problématique brûlante.

Le 12 octobre 2009, l’illustre salle Colbert dans son style Louis XVI, au premier étage du Palais-Bourbon, a accueilli le colloque intitulé : «  La parité et la diversité dans l’entreprise : Une égalité sous conditions. », à l’initiative des Marianne de la diversité très impliquées dans le monde politique et associatif et de l ‘Association française des Managers de la diversité (AFMD) très présente dans les rouages économiques. Une affluence record pour cet événement majeur (plus de 250 personnes) qui marque la rentrée de nombreuses personnalités : hommes politiques, acteurs de l’entreprise et des médias. Ce colloque était placé sous le patronage de Xavier DARCOS, ministre du travail et de la famille et de Christine LAGARDE , ministre de l’économie.

Sous l’animation fort remarquée et remarquable de Nadia BEY, journaliste à Radio Orient, les débats se sont articulés autour du Rapport préparatoire à la concertation avec les partenaires sociaux sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes présenté par Brigitte GRESY, Inspectrice générale des affaires sociales et ancienne responsable du Service des droits des femmes et de l’égalité. Dans un premier volet, ce rapport se propose d’établir un bilan des différences de traitement entre les femmes et les hommes en matière d’accès à l’emploi pour présenter des propositions en faveur de l’égalité professionnelle et salariale. Dans son second volet, il préconise des sanctions à l’encontre des instances de décisions des entreprises.

Les échanges suscités par la problématique de la parité et la diversité ont dépassé le cadre de l’entreprise, tout en constatant que le paradigme de la croissance ne peut s’envisager sans cette diversité.

Dans son intervention, Jean François COPE recentre le débat sous trois sphères :

  • La sphère politique axée autour de plans de formation et de mobilisation dans le cadre d’un management participatif. De ce point de vue les Marianne de la diversité ont rédigé une charte de la diversité à l’intention de tous les partis politiques
  • La sphère entreprise orientée vers une présence active des femmes au niveau des conseils d’administration. Il annonce qu’il met en place une commission de travail à l’assemblée pour avancer sur le sujet
  • La sphère Sociétale à travers les espaces de débats sur la place de la femme. A ce titre, il fait référence à Génération France.fr, club de réflexion dont il est cofondateur.

Actions fortes en réponse à un rapport alarmant

La synthèse du rapport sur la parité et la diversité dans l’entreprise abordée par Brigitte GRESY fait ressortir que les lois votées jusqu’à présent n’ont pas inversé la tendance d’un constat d’échec sur la discrimination à l’égard des femmes. Elles représentent les deux tiers des bas salaires et émargent deux fois plus que les hommes au SMIC. Mal payées, peu qualifiées, elles sont plus nombreuses que les hommes à occuper des emplois précaires et à temps partiels. A noter que près de 69 % des femmes cadres se heurtent à ce fameux « Plafond de verre » qui consiste à leur rendre inaccessible les postes en corrélation avec leurs réelles compétences. Par ailleurs, l’étude montre les dysfonctionnements suivants :

  • Une ségrégation professionnelle : les femmes constituent 47 % de la population active en France et 83 % des femmes âgées de 25 à 49 ans travaillent, contre 95 % des hommes de la même tranche d’âge.
  • Une bipolarisation du travail perdure entre les femmes qualifiées et non qualifiées.
  • Une asymétrie des transitions professionnelles : 40 % des femmes déclarent que la naissance du premier enfant influe sur leur vie professionnelle contre 6 % des hommes.
  • Des inégalités sur divers plans : formation continue concerne 32 % de femmes contre 45% d’hommes ; disparités dans les retraites ; disproportion des femmes dans le travail partiel ; congé parental, 98% sollicité par les femmes, etc.
  • Une discrimination insidieuse qui ne se voit pas et crée une forme de tolérance d’ensemble (cf. Petit traité de sexisme ordinaire par l’auteure du rapport sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes)

C’est à ce titre que Marie-Jo ZIMMERMANN, Présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et de l’égalité des chances entre les hommes et les femmes considère que ce rapport représente une pièce maîtresse pour légiférer et que la proposition de loi enregistrée le 18 mars 2009, dont elle est co-rédactrice est d’actualité. La loi reste la seule garante pour influer sur la composition des conseils d’administration, des prud’hommes et de toutes les instances professionnelles. La question de l’égalité entre hommes et femmes ne peut représenter un point de discorde. Elle abonde dans ce sens en évoquant la réforme territoriale, elle observe que le vote uninominal aux prochaines échéances signera « l’arrêt de mort de la parité. ». Elle termine en soulignant qu’elle va prendre l’initiative d’un projet de loi pour avancer sur la parité dans les CA des entreprises

Des témoignages qui confirment un constat accablant

La table ronde animée par Alexandra PALT et présidée par Soumia MALINBAUM a permis aux intervenantes d’apporter chacune des témoignages qui ont mis en avant les difficultés des femmes de concilier l’équilibre entre la vie professionnelle et privée. Véronique ROUZAUD évoque l’impératif de démontrer en permanence, une exemplarité asymétrique dans tout acte, tout comportement. Brigitte DUMONT propose une convention de conduite en déployant des actions de Shadowing (opération de parrainage les jeunes femmes par les aînées) dans les perspectives entrepreneuriales dans tous les établissements. Un Networking au féminin.

Dans la seconde table ronde consacrée aux médias, Marie-Laure SAUTY de CHALON s’est appuyée sur le rapport ’de Michèle REISER, membre du CSA sur  l’image de la femme dans les media où elle est souvent inaudible et secondaire. M.REISER y dénonce une infériorité numérique (37 % dans le corps des professionnels) et une présence souvent marginale dans les journaux télévisés. Les contributions de Véronique MORALI la fondatrice de Terra Femina  et Elisabeth TCHOUNGUI, journaliste animatrice des Maternelles à France 5, dans la présentation de leurs missions et expériences sont venues étayer les propos développés. Virginie CALMELS, présidente d’Endemol France a témoigné quant à elle de son engagement sans faille dans sa société pour donner plus de responsabilités aux femmes.

La communication de Fadila MEHAL, Présidente des Marianne de la diversité, se place sous l’angle d’une « égalité sous condition » s’appuyant sur les travaux de Réjane SENAC regroupés sous le titre de : « Parity laws : an equality under condition ». Le principe de la parité se retrouve dévoyé dans une sorte de glissement mettant en exergue la pensée d’une égalité dans la différence. Où placer le curseur entre les différences dites « naturelles » et les différences construites dans les rôles et les fonctions ?

Si depuis début 2007, un observatoire de la parité et de la diversité du ministère de l’intérieur est actif, selon Michel MORIN, Préfet hors cadre, Bariza KHIARI, Sénatrice de Paris, interpelle l’assistance en observant que les combats pour la parité et la diversité ne sont plus à justifier. En effet, la discrimination ethnique reste une problématique très liée à celle de la parité.

Pour Ghislaine PIERRAT, Docteur en communication politique, il y a un constat sans équivoque dans la lenteur de l’émancipation des femmes tout en regrettant que les Media se soient écartés de cette question.

Bernard SPITZ, Président de la commission « Media et diversité » analyse le principe de discrimination comme une chaîne de plusieurs éléments de rupture pour conclure que la diversité est nécessaire pour construire l’unité.

C’est sous l’esprit de l’unité que s’est conclu le colloque avec la promesse des Marianne de la diversité de rédiger avant la fin de l’année des actes de ce colloque et de les transmettre à tous les participants, contribuant ainsi de façon active à la mobilisation générale de la société pour que femmes obtiennent la place et le rang que méritent leur talents et leur dynamisme.

                                                                          Lokman Lounes

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