Retour sur le colloque du 25 novembre 2022 à Sciences-Po

Le 25 novembre 2022, l’association « Les Marianne de la diversité » organisait un colloque intitulé « Le monde politique à l’épreuve de la parité et des violences sexistes » à Sciences Po Paris et présentait ses sept propositions en présence des représentantes des partis politiques pour lutter contre ces violences lors d’une première table ronde. Une deuxième était organisée en solidarité avec les femmes afghanes et iraniennes luttant pour leurs droits et leur liberté en présence de responsables associatives.

Mathias Vicherat, directeur de Sciences Po, a ouvert l’événement : « Vous composez toutes les facettes du combat. C’est un combat global, pluriel, culturel, sociétal, politique. Ce combat porte une triple dimension nécessaire et fondamental. C’est un combat culturel, il faut faire changer les mentalités, s’appuyer sur les oeuvres d’art, travailler avec les philosophes. Il faut aussi que les sanctions et procédures soient efficaces. A Sciences Po, nous avons embauché une magistrate pour caractériser les faits. Les partis politiques devraient avoir des magistrats pour caractériser les faits. C’est une vraie compétence. L’écoute externalisée est aussi importante avec des gens formés qui savent comment prendre en compte psychologiquement les victimes et donner des indications. Troisièmement, la recherche est importante. Les scientifiques nous aident à avancer et lutter. A Sciences Po, le dispositif « Présage » est un certificat avancé sur l’égalité femmes-hommes, qui permet d’approfondir, dans l’enseignement et la recherche, les compétences que l’on a acquérir. La culture ; les procédures et le juridique ; la recherche et la science : cela peut être un triptyque pour avancer. La lutte est tellement importante qu’il nous faut utiliser toutes les armes disponibles mais je sais que vous les avez et que par vos parcours, vous pourrez enrichir les propositions et ce colloque. »

  • Anissa Boumédienne, femme de lettres, veuve du président algérien Houari Boumediene
  • Prisca Thevenot, porte-parole de Renaissance, Députés des hauts de Seine
  • Prisca Thevenot, porte-parole de Renaissance, Députés des hauts de Seine
  • Table ronde avec Julie Boillot
  • Fatima Yadani, Trésorière du PS
  • Jocelyne ADRIANT MEBTOUL
  • Maud Gatel, secrétaire générale du MODEM, député de Paris

Fadila Mehal, Présidente des Marianne de la Diversité, a également introduit le colloque en rappelant certains chiffres et les propositions que les Marianne ont formulées : « Aujourd’hui, on compte 121 féminicides. Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou mari. Nous avons fait sept propositions dont la création d’un parquet national dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes. »

L’ensemble des sept propositions fut présenté par Fatima Massau, responsable des Marianne de la Diversité dans les Hauts-de-France.

Nadia Bey, journaliste à Fâme Radio TV, partenaire du colloque a aussi pris la parole en guise d’introduction : « Pour concrétiser les sept propositions, il faut de l’argent. La révolution des femmes est en marche et plus rien ne l’arrêtera. Stop à ces féminicides et à ces violences. La lutte contre ces violences, ce n’est pas le 8 mars ou le 25 novembre. La lutte contre les violences, les tyrannies et régimes totalitaires, c’est 365 jours, c’est un combat quotidien. »

PREMIERE TABLE RONDE

La première table ronde a été l’occasion de donner la parole aux représentantes de différents partis politiques : « Face aux violences sexistes et sexuelles, nous allons présenter nos propositions à tous les partis, en espérant qu’ils les signent. Je remercie les  personnalités et les associations ici présentes. » a fait savoir Fadila Mehal, modératrice de cette première table ronde.

Prisca Thevenot, députée des Haut-de-Seine et porte-parole de RENAISSANCE, a été la première intervenante à prendre la parole : « Merci pour cet échange de bonnes pratiques. Le monde politique n’est pas hermétique à notre société. Il est traversé par les mêmes troubles et phénomènes avec des sujets en lien avec les discriminations envers les femmes, le sexisme, les violences. Il y a également des sujets où on ne se retrouve pas toute en pleine sororité. Il faut pouvoir lever ces tabous et le dire encore plus fort. Nous avons un devoir d’irréprochabilité. Nous sommes un miroir de la société. On ne peut pas légiférer si on ne s’impose pas les règles qu’on veut mettre en place pour la société. Je suis favorable à ce que les partis puissent s’équiper contre les violences mais je ne suis pas favorable à ce que chaque mouvement politique ait un magistrat désigné. Nous avons à La République en Marche, aujourd’hui Renaissance, une instance qui permet de se faire accompagner, de signaler une situation. Nous avons aussi la responsabilité de former nos cadre nationaux et locaux. Cela doit être des procédures d’écoute et d’accompagnement, et non des procédures de justice. Je suis venue avec mes deux garçons parce qu’il est de notre devoir de les informer. Nous avons ce devoir de préparer la génération à venir.»

Maud Gatel, députée de Paris et secrétaire générale du MODEM, a son tour pris la parole : « Je gère le Mouvement Démocrates mais sur la place des femmes, j’ai la chance d’arriver presque en terrain conquis. On a eu la chance d’avoir quelqu’un qui a fait du combat de la place des femmes une priorité. Il s’agit de Marielle de Sarnez, qui depuis 20 ans se battait pour que toutes nos instances soient paritaires. En 2008, sur 20 arrondissements, 12 femmes étaient têtes de liste, c’était en soi déjà une victoire. Toutes nos instances sont paritaires depuis la fondation du Modem. Sur la question de la représentativité, on n’a jamais eu de pénalités. Il y a la question de la place des femmes, du rôle des femmes, de la prévention des violences sexuelles et sexistes. Cela porte sur les horaires de réunion, la prise de parole des femmes, les attributions thématiques en politique, comme le souligne les Marianne. Sur la prévention des violences, le parti peut faire beaucoup mais ne doit pas tout faire. Le mouvement a une responsabilité dans la sensibilisation, la formation, l’écoute, l’accompagnement. Il y a toujours un soupçon d’instrumentalisation quand les choses sont faites en interne. Je crois en des cellule d’écoute extérieures, comme cela se fait dans beaucoup d’entreprises. Mais cela ne doit pas se substituer à la justice. »

Julie Boillot, déléguée HORIZONS dans le 16e arrondissement de Paris, a rappelé la jeunesse de son parti et les actions mises oeuvre ou en cours : « Nous avons encore beaucoup de progrès à faire en termes de sororité. Chez Horizons, on est un jeune parti, on a vu les bonnes pratiques et ce qui échoue. Nous partons du principe qu’il existe un Etat de droit. Il n’est pas envisageable qu’il y ait un tribunal populaire, sur les réseaux sociaux, au sein des partis… Il n’est pas question de mettre la poussière sous le tapis. Chaque délégué municipal aura droit à une formation. Nous avons passé des partenariats avec des associations. Recueillir la parole de la victime, l’accompagner dans sa démarche, c’est important d’avoir des acteurs extérieurs. Nous avons fait le choix d’avoir des partenariats avec des associations, d’offrir des formations à tous nos cadres et d’accompagner les victimes. Nous avons à la tête du parti, du groupe parlementaire, des jeunes, des femmes. La libération de la parole ne doit plus être mise sous le tapis. Il y aura d’autres choses à faire. »

Fatima Yadani, trésorière du PS, a rappelé les actions de son parti : « Le Parti socialiste s’est doté d’une instance, d’une cellule d’écoute et d’accompagnement des victimes de violences sexistes et sexuelles. Il y a des référents et des militantes qui sont aussi avocates. Ces référents ont un rôle d’écoute, d’accompagnement et d’alerte. Cette instance est en relation avec le terrain et le réseau associatif. Il y a aussi une mise en place d’une commission de lutte contre le harcèlement. Sa visée est préventive. Elle est composée de camarades et de référents dans chaque fédération, département. Dans chaque département, il y a une référente et c’est vers elle qu’on va si on souhaite des formations pour sensibiliser les camarades. Au sein du Parti, on a une règle, à chaque fois qu’un homme ou une femme est mentionné dans une histoire d’harcèlement sexuel, sexiste, cette personne n’a pas d’investiture. Cela a été le cas aux municipales et législatives. »

Pour conclure, Jocelyne Adriant, présidente de la commission internationale au Haut Conseil à l’Egalité, a porté son regard sur le sujet de la diplomatie féministe : « Cela consiste à mettre dans la politique extérieure d’un pays l’égalité femmes-hommes et à défendre le respect absolu des droits fondamentaux des femmes et des hommes. » Elle a également rappelé l’histoire du concept né en 2014 en Suède et les différentes définitions données selon les pays.

  • Mathias Vicherat et Fadila Mehal
  • Mathias Vicherat, Directeur IEP Paris
  • Mathias Vicherat, Directeur IEP Paris

DEUXIEME TABLE RONDE

Une deuxième table ronde a été organisée et animée par la journaliste Nadia Bey, en solidarité avec les femmes iraniennes et afghanes.

Sima Marchak, présidente de l’association Céda pour les réfugiés, a délivré un discours poignant sur la situation politique des femmes iraniennes, en lutte pour leur liberté, après la mort de Mahsa Amini. Elle a rappelé la genèse du mouvement de protestation et les enjeux de liberté liés à cette révolte. Le public a ensemble scandé : « Femme, vie, liberté » en hommage aux femmes iraniennes qui luttent contre la tyrannie.

Shoukhria Haidar, présidente de l’association Negar et lauréate du prix de la délégation aux droits des femmes du Sénat, est ensuite intervenue pour dénoncer les violences en Afghanistan orchestrées par les talibans qui ont pris le contrôle du pays, privant les femmes afghanes de leurs droits. Elle a apporté son soutien aux femmes afghanes qui luttent pour leur liberté à travers un discours très émouvant lui aussi.