Qui raconte l’Histoire ? Qui en conserve la mémoire ? Et quelle place les femmes occupent-elles dans la construction de nos récits collectifs ?
Longtemps, la grande Histoire s’est écrite et racontée au masculin. Pourtant, les femmes ont été les actrices, les témoins, les passeuses et parfois les héroïnes oubliées des bouleversements qui ont façonné nos sociétés. Leur contribution à l’Histoire, comme à la transmission des mémoires individuelles et collectives, demeure encore trop souvent invisible ou reléguée au second plan.
Le cinéma, formidable miroir des sociétés, n’échappe pas à cette réalité. Pendant longtemps, les femmes y ont été davantage représentées que véritablement entendues, plus souvent objets du récit que sujets de leur propre histoire.
Mais qu’advient-il lorsque les femmes prennent la parole, s’emparent de la caméra, deviennent scénaristes, réalisatrices, productrices ou interprètes de leurs propres récits ?
Le regard des femmes transforme-t-il notre manière de raconter l’Histoire ? ce regard introduit-il d’autres sensibilités, d’autres écritures, d’autres formes de narration artistique ? Permet-il de faire émerger des mémoires oubliées, des expériences intimes, des résistances silencieuses ?
Une autre question, essentielle, traverse cette réflexion : où sont les héroïnes de nos histoires nationales ?
Combien de femmes ayant participé aux luttes pour les indépendances, aux résistances politiques, aux transformations sociales et culturelles ont disparu des récits officiels ? Combien de destins féminins demeurent inconnus, faute d’avoir été racontés, filmés et transmis ?
Certaines œuvres cinématographiques ont précisément tenté de réparer ces oublis. Dès 1976, la réalisatrice tunisienne Selma Baccar, avec Fatma 75, revisitait l’histoire de son pays à travers l’engagement des femmes dans les luttes nationales et leur combat pour l’émancipation. En 1986, Med Hondo, avec Sarraounia, redonnait toute sa place à une reine africaine qui résista à la conquête coloniale française au Niger. Plus récemment, Gina Prince-Bythewood, avec The Woman King (2022), portait à l’écran les guerrières du Dahomey, figures historiques longtemps méconnues du grand public, dans une reconstitution romancée.
Trois films, trois regards, mais une même ambition : faire émerger des figures féminines que les récits dominants avaient trop souvent laissées dans l’ombre.
Le cinéma peut-il ainsi réparer les oublis de l’Histoire ? Peut-il contribuer à faire reconnaître des héroïnes que les récits nationaux n’ont pas suffisamment célébrées ?
Mais au-delà de la mémoire, c’est aussi la question des modèles et de l’identification qui se trouve posée.
Comment une jeune fille peut-elle se construire, s’affirmer et se projeter dans l’avenir lorsque les femmes auxquelles elle pourrait s’identifier sont absentes des écrans et des récits collectifs ?
En portant à l’écran ces figures oubliées, les cinéastes contribuent à faire émerger de nouveaux modèles féminins, indispensables à la construction des imaginaires et à la transmission entre les générations.
Car rendre visibles ces héroïnes, c’est permettre aux jeunes générations de découvrir d’autres destins possibles, d’autres formes de courage, de résistance, de création et d’émancipation. C’est aussi rappeler que les femmes n’ont pas seulement accompagné l’Histoire : elles l’ont faite.
À travers les cinémas africains et ceux des diasporas, ces interrogations prennent une résonance particulière. Entre héritages coloniaux, luttes pour les indépendances, migrations, traditions, émancipation et transmission, les femmes portent des récits qui croisent constamment la grande Histoire et la petite histoire, l’intime et le collectif.
Mais ces avancées ne doivent pas masquer les obstacles qui demeurent. Quelle place les femmes occupent-elles réellement devant et derrière la caméra ? Ont-elles les mêmes possibilités d’accéder à la réalisation, à la production, au financement et à la diffusion de leurs œuvres ? Et leur regard apporte-t-il une autre manière de raconter les événements historiques, les destins individuels et les mémoires collectives ?
Cette master class a réuni trois personnalités du monde du cinéma ou du journalisme pour croiser leurs expériences et leurs regards sur la place des femmes dans l’écriture de l’Histoire, la transmission des mémoires et la construction de nouveaux modèles d’identification.
Il s’agit d’Astrid SIWSANKER de Nadia BEY et de Maîk DARAN
Au-delà de la seule représentation, il s’agira d’interroger le cinéma comme un instrument demémoire, de reconnaissance, detransmission et d’émancipation, capable de restituer aux femmes leur juste place dans les récits nationaux et dans notre imaginaire collectif.
Car raconter l’Histoire à hauteur de femmes, ce n’est pas seulement ajouter des personnages féminins à un récit déjà écrit. C’est changer le point de vue, déplacer le regard, faire émerger des héroïnes oubliées et, finalement, enrichir notre mémoire commune.
Une rencontre proposée par Les Marianne de la Diversité, association engagée depuis vingt ans pour l’égalité, la diversité et la reconnaissance de la place des femmes dans notre société.
C’est Fadila MEHAL présidente des Marianne de la Diversité qui a animé et modéré la table ronde








